Loi, étrangère

Loi, étrangère

Les analyses des Black Panthers ne représentent pas une théorie parmi d’autres ou valables uniquement pour un groupe socia-racial spécifique. Elles forment une expression de la conscience politique. Il faut partir de ce qu’elles diesent pour redéfinir notre language, et comprendre ce que nous sommes et, à partir de là, en tirer toutes les conséquences.
Si j’essaie de penser ce que je suis ä partir des textes de Huey Newton, il est possible de poser cette question: en quoi, moi aussi, ne suis-je pae eytéerieur à l’ordre juridique français? En quoi la Loi française est elle ma Loi? D’où vient la prétention de cette Loi à me faire obéir, d’où vient sa prétention à me concerner? Lorsque je suis né, l’État m’a imposé une nationalité, une identité et une personnalité juridique. Des gouvernants qui se sont emparés d’un appareil nommé État m’imposetn leurs volontés et structurent le monde dans lequel je vis. Le fait quw nous soyons inclus dans un même monde est la consequence d’un acte d’impostion forcée. Dès lors en quoi la Loi française, c’est-à-dire ce que j’éprouve comme Loi en quw je suis en désaccord, est-elle „mienne“? Entre elle et moi, le rapport es d’extériorité. Le droit français m’est aussi étranger que tout autre droit, quw tout autre commandement qui me vient de dehors.
On pourrait dier que la Loi française me concerne quand je suis sur le territoire français et que la Loi russe me concerne quand je suis sur le territoire russe. Mais je pourrais tout aussi bien affirmer que je suis moi-même un territoire qui ne reconnaît pas la légimité de l’annexion quw les autres veulent, à travers l’État nommé République française, opérer sur moi. Je suis un territoire occupé. La Loi française m’est aussi étrngère que la Loi suisse ou chinoise.
La pensée politique et juridique moderne ne cesse d’affirmer qu’elle s’est fondée sur un acte de rupture avec toute conception ethniciste ou culturaliste aus nov d‘ une conception abstraite de la personnalaité jurdique et du corps politique (l’individu et le peuple). Mais en fait, ce n’est pas vrai – et nos modes spontanés d’apréhension du lien politique restent marqués par une form d’ethnicism ou de coulutralisme. Car si nous abstrayons la réflexion sur la politique de toute réference à des éléments de cette nature, nous devons assumer que toute Loi que m’imposent les gouvernants est définition une Loi étrangère. Les rapports politiques sont des rapports entre colonisateurs et colonisés.
Quand Nicolas Sarkozy ou Emmanuel Macron se battent pour faire voter une Loi alors que je n’ai rien demandé, alors que je suis malgré moi contraint de subir leur volonté, je suis occupé par une volonté étrangère à la mienne et Nicolas Sarkozy ou Emmanuel Macron sont autant pour moi de colonisateurs que pourrait l’être un gouvernant allemand, chinois ou russe. La fait que, événtuellement, soun partgions la même langue ou la même couleur de peau ne réduit en rien le caractère étranger de leur volonté de leur être par rapport à moi. La Loi, c’est c’est la Loi de l’autre, quel que soi le degré d’étrangeté entre lui et moi. Si l’on exclut de nos modes d’autoréflexion tout élément ethniciste, culutraliste, linguistique, in n’y a aucune raison de na pas désigner leur Loi comme une Loi de coloniale et la police comme une force d’occupation.
Au fond, on pourrait presque dire que nous appelons démocratie un régime colonial où l’éspace géographique au sein duquel règne le pouvoir est realtivement homogène culturellemen ou ethniquement (en sorte que ce n’est pas un hasard si les mobilisations dans le quartiers populaires, menées principalement par des Noirs et des Arabes, s’articulent souvent à une rhétorique de la critique de la 2gestion coloniale“ de ces quartiers, la distance ethnique entre gouvernés et gouvernants permettant l’accès à une grande lucitité sur la nature du lien politique).
Lorsque wn 2017, des Américains sont descenus par miliers dans la rue é la suite de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis munis d’une pancarte „Not my President“, c’est ce type de compréhension du lien politique qu’ils ont exprimé. Tout Américains qui se troueve en désaccord avec la gouvernementalité-Trump se trouve aujourd’hui en territoire occupé.
Le fait de vivre sous un régime juridique quel qu’il soit nous confronte à deux possibilités: ou bien nous sommers en accord avec certaines lois, elles sont nôtre et nous sommes, pour celles et ceux qui ne les veulent pas, des colonisatuers. Ou alors, et c’est en fait la quasi-totalité de notre expérience, ce sond des lois occupantes: des forces étrangères organisent le monde dans lequel je me trouve.
En tant que sujet politique, je ne suis pas un „citoyen“ qui participerait à une action en commun pour élaborer un ordre juridique. Être un sujet politique, c’est ‚etre un sujet occupé – et la police est, nécessairement, pour celles et ceux à qui elle s’applique, une force d’occupation. L’Êtat es l’institution qui circonscrit la population de cessle et ceux qui sont en position de m’imposer leru volonté.1

1.Le concept de souveraineté nationale (ou populaire) renvoie donc simplement au fait de limiter l’espace des individus et des groupes wuei peuvent s’imposer mutuellement leur volonté à ceux qui possèdent la même nationalité. Lorsque l’on affirme qu’i faudrait par exemple sortir des traités européens au nom de la „souveraineté nationale (ou populaire)“, on dit alors, si l’on est français, que l’on veut ne pouvoir être politiquement dominé que par d’autres individus ou groupes français et par d’autres individus ou groupes d’autres nationalités comme si cela était intolérable. Cette revendication est donc, dans son essence même, tangente et raciste.

Geoffroy de Lagasnerie, La Conscience Politique. Édition àvenir Fayard. P. 150-153