Schlagwort: Geoffroy de Lagasnerie

désobéissance et dissidence

La catégorie désobéissance civile tend à séparer la dissidence ordinaire ( c’est-à-dire la délinquance des classes populaires, quotidiennes ….), qui devrait être sanctionée, de la désobéissance civile – c’est-à-dire la délinquance de la classe moyenne – qui, „elle“, serait „morale“ et devrait echapper à la répression. La classe moyenne blanche considère ainsi sa déliquence à elle comme morale, digne, chic, contrairement à celle des classes populaires – les seconds sont des déliquants, les premiers des citoyens exposés à la criminalisation …

Geoffroy e Lagasnerie
Sortir de notre impuissance politique. Fayard. P. 51f.

Loi, étrangère

Loi, étrangère

Les analyses des Black Panthers ne représentent pas une théorie parmi d’autres ou valables uniquement pour un groupe socia-racial spécifique. Elles forment une expression de la conscience politique. Il faut partir de ce qu’elles diesent pour redéfinir notre language, et comprendre ce que nous sommes et, à partir de là, en tirer toutes les conséquences.
Si j’essaie de penser ce que je suis ä partir des textes de Huey Newton, il est possible de poser cette question: en quoi, moi aussi, ne suis-je pae eytéerieur à l’ordre juridique français? En quoi la Loi française est elle ma Loi? D’où vient la prétention de cette Loi à me faire obéir, d’où vient sa prétention à me concerner? Lorsque je suis né, l’État m’a imposé une nationalité, une identité et une personnalité juridique. Des gouvernants qui se sont emparés d’un appareil nommé État m’imposetn leurs volontés et structurent le monde dans lequel je vis. Le fait quw nous soyons inclus dans un même monde est la consequence d’un acte d’impostion forcée. Dès lors en quoi la Loi française, c’est-à-dire ce que j’éprouve comme Loi en quw je suis en désaccord, est-elle „mienne“? Entre elle et moi, le rapport es d’extériorité. Le droit français m’est aussi étranger que tout autre droit, quw tout autre commandement qui me vient de dehors.
On pourrait dier que la Loi française me concerne quand je suis sur le territoire français et que la Loi russe me concerne quand je suis sur le territoire russe. Mais je pourrais tout aussi bien affirmer que je suis moi-même un territoire qui ne reconnaît pas la légimité de l’annexion quw les autres veulent, à travers l’État nommé République française, opérer sur moi. Je suis un territoire occupé. La Loi française m’est aussi étrngère que la Loi suisse ou chinoise.
La pensée politique et juridique moderne ne cesse d’affirmer qu’elle s’est fondée sur un acte de rupture avec toute conception ethniciste ou culturaliste aus nov d‘ une conception abstraite de la personnalaité jurdique et du corps politique (l’individu et le peuple). Mais en fait, ce n’est pas vrai – et nos modes spontanés d’apréhension du lien politique restent marqués par une form d’ethnicism ou de coulutralisme. Car si nous abstrayons la réflexion sur la politique de toute réference à des éléments de cette nature, nous devons assumer que toute Loi que m’imposent les gouvernants est définition une Loi étrangère. Les rapports politiques sont des rapports entre colonisateurs et colonisés.
Quand Nicolas Sarkozy ou Emmanuel Macron se battent pour faire voter une Loi alors que je n’ai rien demandé, alors que je suis malgré moi contraint de subir leur volonté, je suis occupé par une volonté étrangère à la mienne et Nicolas Sarkozy ou Emmanuel Macron sont autant pour moi de colonisateurs que pourrait l’être un gouvernant allemand, chinois ou russe. La fait que, événtuellement, soun partgions la même langue ou la même couleur de peau ne réduit en rien le caractère étranger de leur volonté de leur être par rapport à moi. La Loi, c’est c’est la Loi de l’autre, quel que soi le degré d’étrangeté entre lui et moi. Si l’on exclut de nos modes d’autoréflexion tout élément ethniciste, culutraliste, linguistique, in n’y a aucune raison de na pas désigner leur Loi comme une Loi de coloniale et la police comme une force d’occupation.
Au fond, on pourrait presque dire que nous appelons démocratie un régime colonial où l’éspace géographique au sein duquel règne le pouvoir est realtivement homogène culturellemen ou ethniquement (en sorte que ce n’est pas un hasard si les mobilisations dans le quartiers populaires, menées principalement par des Noirs et des Arabes, s’articulent souvent à une rhétorique de la critique de la 2gestion coloniale“ de ces quartiers, la distance ethnique entre gouvernés et gouvernants permettant l’accès à une grande lucitité sur la nature du lien politique).
Lorsque wn 2017, des Américains sont descenus par miliers dans la rue é la suite de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis munis d’une pancarte „Not my President“, c’est ce type de compréhension du lien politique qu’ils ont exprimé. Tout Américains qui se troueve en désaccord avec la gouvernementalité-Trump se trouve aujourd’hui en territoire occupé.
Le fait de vivre sous un régime juridique quel qu’il soit nous confronte à deux possibilités: ou bien nous sommers en accord avec certaines lois, elles sont nôtre et nous sommes, pour celles et ceux qui ne les veulent pas, des colonisatuers. Ou alors, et c’est en fait la quasi-totalité de notre expérience, ce sond des lois occupantes: des forces étrangères organisent le monde dans lequel je me trouve.
En tant que sujet politique, je ne suis pas un „citoyen“ qui participerait à une action en commun pour élaborer un ordre juridique. Être un sujet politique, c’est ‚etre un sujet occupé – et la police est, nécessairement, pour celles et ceux à qui elle s’applique, une force d’occupation. L’Êtat es l’institution qui circonscrit la population de cessle et ceux qui sont en position de m’imposer leru volonté.1

1.Le concept de souveraineté nationale (ou populaire) renvoie donc simplement au fait de limiter l’espace des individus et des groupes wuei peuvent s’imposer mutuellement leur volonté à ceux qui possèdent la même nationalité. Lorsque l’on affirme qu’i faudrait par exemple sortir des traités européens au nom de la „souveraineté nationale (ou populaire)“, on dit alors, si l’on est français, que l’on veut ne pouvoir être politiquement dominé que par d’autres individus ou groupes français et par d’autres individus ou groupes d’autres nationalités comme si cela était intolérable. Cette revendication est donc, dans son essence même, tangente et raciste.

Geoffroy de Lagasnerie, La Conscience Politique. Édition àvenir Fayard. P. 150-153

Appartenance

Mensch, Souveränität, Staat: Ein Fehlverständnis verstehen und aufdröseln lernen. Denn dieses Fehlverständis kostet uns Menschen wie es die CoronaPlandemie es nicht deutlicher zu Tage bringen kann, Kopf und Kragen, Freiheit und Gesundheit.

Appartenance

La raison pour la quellle il m’a semblé que le geste d’Edward Snowdon se distinguait de la désobéissance civile est que, en quittant les États-Unis, il m’avait paru avoir dit: la Loi américaine n’est plus ma Loi. Je divorce de mon pays. Mais l’on pourrait en fait poser cette question: est-il nécessaire da partir au sens géographique du terme pour qu’un acte de récusation désigne une réalité? Et même: cet acte de récusation est-il nécessaire pour parler d’une exteriorité du sujét à l’ordre juridique? Dire que Snowdon retire son consentement, ou qu’il fuit, n’était pas présupposer qu’il était inclus, qu’il avait donné consentement et que, désormais, il fait le geste inverse. I existe une tradition de réflexion américane, chez Emerson et Thoreau par exemple, sur le droit de „retirer sa voix“ de la société, sur la possibilité de divorcer de l’État, de se séparer, de partir …. Mais celle-ci ne présuppose-t-elle pas de la même manière l’inscription première du sujet politique dans l’État et dans le système légal?
Poser comme une évidence notre appartenance à l’ordre juridique traduit une tendence à croire trop spontanément à le pérformativité des actes d’État. Si une enitité me dit: tu m’appartiens, si elle me donne des papaiers, si elle affirme qu’elle m’enverra des troupes pour me rappeler à l’ordre si j’agis différement de ce qu’elle veut, on ne doit pas dire que je lui appartiens, qu’elle m’a construit comme sien. On doir dire qu’elle essaie de m’imposer un ordre, qu’elle tente un coup de force. Ce lien est unilatéral, et il le reste. Et lorsque j’agis différement de ce que cette entité voudrait, ce n’est pas que je rompe un lien avec elle, car il n’y a jamais eu de lien.
En quoi est-ce qu’un individu appartient à l’État parce que, un jour, alors qu’il venait de naître et qu’il ne parlait pas la langue, cette entité lui a dit: tu m’appartiens? Ce n’est pas parce que cette déclaration existe que ce qu’elle énonce est doté de réalité. Ce n’est pas parce que c’est dit que c’est vrai. À bien des égards, on peut affirmer que cette déclaration est une mystification. Et le rôle de la théorie politique n’est pas de ratifier les mystifications, mais de les dénoncer et, à partir de là de construire un language oppositionnel.
La catégorie de désobéissance fait fonctionner une compréhension inadéquate du lien politique. On pourrait aller jusqu’à dire: elle construit une inscription des actions dissidentes à l’intérieur de l’ordre juridique que ces actions défont et dont elles démentent la reconnaissance par leur existence même. Le concept de désobéissance prétend nommer les actions et les sujets contestataires et peut-être même leur rendre hommage. Mais en fait, dans le moment même où il désigne l’oppostition de certaines actions à la Loi, il place ces actions sour l’ordre juridique et il construit les sujets insoumis comme sujets définis par leur appartenance à un ordre du droit auquel ils devraient normalement se soumettre. C’est ce qui explique pourquoi il est si difficile, dès qu’on emploie cette catégorie, de ne pas se poser la question de l’accepation de la sanction ou d’une certaine forme de légitimisme institutionnel toujours accompagné d’un appel au calme et à la sagesse (qui prend notamment la forme d’appel à la non-violence): ce légitimisme est inscrit dans la notion de désobéissance. qui suppose l’adhésion à l’ordre juridique et la reconnaissance de ceuli-ci dans ses prétentions.
Pour moi, le rapport que j’entretiens avec ce qui est devenu „la Loi franciase“ est indentique au rapport que j’entretiens avec mon voisin. C’est par hasard que nous nous retrouvons face à l’autre. Et quand nous sommes en désaccord, je l’affronte, et je ne lui reconnais pas une prétention à mes gouverner et même à me concerner. Pourqui en serait-il autrement?

Geoffroy de Lagasnerie, La Conscience Politique. Édition àvenir Fayard. P. 141-143

Devoir

Mensch, Souveränität, Staat: Ein Fehlverständnis verstehen und aufdröseln lernen. Denn dieses Fehlverständis kostet uns Menschen wie es die CoronaPlandemie es nicht deutlicher zu Tage bringen kann, Kopf und Kragen, Freiheit und Gesundheit.

Devoir

Utiliser le concept de désobéissance ne signifie pas seulement de ratifier une hypothèsse d’appartenance. C’est également supposer que le sujet doit quelque chose à l’État, qui est engagé envers lui et que ce qui est étatique détient une légitimité à lui adresser des ordres: si mon voisin vient me voir pour me dire de ne pas faire trop de bruit, et que, un jour, je fait du bruit, il est évident que nous ne dirions pas que je désobéis: il n’en est pas en position de me donner des ordres qui me concernent. Nos deux volontés s’affrontent. J’affirme ma volonté cotre la sienne, et le rapport entre nous est pur rapport d’extériorités entre deux volontés contradictoires. Je ne désobéis pas à mon voisin quand je suis en désaccord avec lui. Pourquoi dit-on alors que je désobéis à l’État?
La catégorie de „désobéissance“ présuppose la reconnaissance d’une légitimié à me commander.
Je ne peux pas désobéir que si je suis construit comme sujet soumis: employer le verbe „désobéir“ suppose de poser l’obéissance comme acte premier et normal et de défnir l’action dissidente comme refus du conformisme.
Lorsque je dis que je désobéis, je reconnais que j’appartiens à l’État et qu’il est légitime à exercer un pouvoir sur moi. Je ne peux pas désobéir que si je devais obéir.
Mais en quo l’État a-t-il une autorité sur moi? Pourqoi accepter ce soit lui qui fixe les règles et que ce soit par rapport à lui que l’on définisse mes actions?

Geoffroy de Lagasnerie, La Conscience Politique. Édition àvenir Fayard. P. 140

Bild: Thomas Hobbes, Leviathan.